À 350 €, l’Ibanez AS73 vs Gretsch G2622 : c’est le duel qui revient dans tous les forums semi-hollow depuis des années. D’un côté, une Artcore japonaise dans l’âme — propre, polyvalente, redoutablement efficace. De l’autre, une Streamliner qui sent le Nashville, avec ses inlays thumbnail et ses micros Broad’Tron qui te donnent envie de twanger dès que tu branche l’ampli. 150 € d’écart, deux identités sonores radicalement différentes. Et non, la plus chère n’est pas forcément la bonne pour toi.
Ce comparatif Ibanez AS73 vs Gretsch G2622 est fait pour les guitaristes intermédiaires qui veulent sauter le pas vers la semi-hollow — jazz le dimanche, blues le mercredi, indie rock le weekend. On va être directs : les deux sont bien construites pour leur prix. La question, c’est laquelle corresponds à ce que tu veux jouer.
Comparatif rapide : AS73 vs G2622 en un coup d’œil
| Critère | Ibanez AS73 | Gretsch G2622 |
|---|---|---|
| Prix | ~350 € | ~499 € |
| Corps | Tilleul, 43 mm | Érable arched, center block |
| Micros | Classic Elite (humbuckers) | Broad’Tron BT-3S (coil-split) |
| Chevalet / cordier | Gibraltar Performer + Quik Change III | Adjusto-Matic + V-Stoptail (ou Bigsby) |
| Touche | Noyer, diapason 628 mm | Laurier, radius 12″ |
| Frettes | 22 medium | 22 medium jumbo |
| Coil-split | Non | Oui (push/pull) |
| Identité sonore | Jazz, blues, polyvalente | Twang, americana, rock |
| Pour qui | Cherche la neutralité intelligente | Veut une identité visuelle et sonore forte |
Ibanez AS73 Artcore — la semi-hollow polyvalente
L’AS73 existe depuis assez longtemps pour qu’on sache exactement ce qu’elle vaut. Et ce qu’elle vaut, c’est beaucoup — surtout à 350 €. Le corps en tilleul de 43 mm d’épaisseur est travaillé avec les liaisons et les coutures internes qui font la réputation des Artcore : quand tu joues à vide, tu l’entends résonner. Pas comme une ES-335 Gibson à 3 000 €, évidemment. Mais le sustain est là, la chaleur est là, et la guitare ne semble pas produite à la chaîne.
Les micros Classic Elite humbuckers sont honnêtes. Pas spectaculaires, mais propres — pas de bourdonnement, une réponse franche, une chaleur dosée juste pour le jazz et le blues sans que ça devienne bourbeux. En position cou, tu obtiens ce son jazzy arrondi que Joe Pass aurait probablement utilisé sans complexes sur scène. En position chevalet, ça mordille suffisamment pour le blues mid-gain ou l’indie rock léger.
Le manche en nyatoh (remplaçant de l’acajou depuis 2019) est fin, rapide. Le diapason à 628 mm — soit l’équivalent Gibson — donne un toucher plus souple qu’une Fender. Pour les bends ou le jeu en accords jazz, c’est appréciable. La touche en noyer est légèrement plus sèche qu’un palissandre, ce qui accentue l’attaque sans l’agresser.
Ce qu’on aime vraiment : la finition. Pour 350 €, les bords sont propres, la liaison manche/corps est serrée, et le vernis n’a pas l’air d’être posé au pistolet un vendredi après-midi. Ibanez maîtrise la production à grande échelle mieux que beaucoup.
Ce qu’on aime moins : les micros mériteraient un upgrade pour vraiment exploiter le potentiel acoustique du corps. Et il n’y a pas de coil-split — donc si tu veux des sons single-coil, il faudra changer les micros. Le chevalet Gibraltar fonctionne bien mais n’a pas le charme vintage d’un Tune-o-matic.
Pour qui : tu joues du jazz, du blues, peut-être un peu de rock classique. Tu veux une semi-hollow qui ne te force pas dans une direction stylistique. Tu cherches la meilleure construction possible sous les 400 €.
Gretsch G2622 Streamliner — l’identité unique
Dès que tu sors la G2622 de sa boîte, le contrat est clair : cette guitare a une gueule. Les inlays thumbnail nacre sur touche laurier, le corps érable arched avec ses couleurs éclatantes (Fireburst, Burnt Orchid…), les mécaniques à boutons noirs. C’est une Gretsch — et ça se voit de l’autre côté de la pièce. Pour certains c’est une raison d’acheter. Pour d’autres, un frein.
Sous le capot, le center block en érable intégré au corps fait le vrai travail. Il réduit les feedbacks — le problème classique des semi-hollow à haut gain — et améliore le sustain et l’attaque. Sur scène à volume moyen, tu peux sortir un son drive sans que la guitare parte en larsen au bout de trente secondes. C’est le gros avantage de la construction Streamliner par rapport à une vraie hollow body.
Les micros Broad’Tron BT-3S sont la vraie personnalité de cette guitare. Aimants Alnico 5 au chevalet, Alnico 2 au manche — des mids affirmés, des graves serrés, des aigus clairs et musicaux. C’est du twang américain bien dosé : Brian Setzer, Country, Rockabilly, Blues électrique avec ce mordant caractéristique. Le push/pull sur le volume master permet le coil-split — en single, la guitare sonne comme une Telecaster croisée avec une Gretsch vintage. C’est une vraie option, pas un gadget.
La version G2622 standard vient avec un V-Stoptail. Si tu veux le Bigsby — le vibrato barre d’acier mythique Gretsch — il faut se tourner vers la G2622T, généralement +50/80 € de plus. Le Bigsby ajoute du charme mais demande un peu d’adaptation pour l’accordage.
Ce qu’on aime moins : 499 €, c’est 150 € de plus que l’AS73. Et pour cette différence, tu paies surtout l’identité et les micros — pas nécessairement une meilleure construction globale. Le manche radius 12″ est confortable mais peut surprendre si tu viens d’une guitare plus plate.
Pour qui : tu veux sonner comme quelque chose de précis — du twang, de l’americana, du rock’n’roll vintage. Tu assumes l’esthétique Gretsch. Et tu apprécies le coil-split pour les situations de scène où tu as besoin de passer du round son jazz au single-coil mordant.
Son & Caractère : deux philosophies à l’opposé
C’est là que le comparatif Ibanez AS73 vs Gretsch G2622 devient intéressant. L’AS73 est conçue pour la neutralité intelligente : ses Classic Elite humbuckers ne colorent pas trop le signal, ce qui la rend réactive à l’ampli que tu utilises. Branche-la sur un Fender clean et elle sonne jazz. Sur un Marshall craquant, elle blues. C’est sa force.
La G2622, c’est l’inverse. Les Broad’Tron ont une voix forte — tu entendras « Gretsch » avant d’entendre « ampli ». Ce n’est pas un défaut, c’est un choix. Si tu veux ce son précis, tu l’auras dès la première note. Mais si tu comptes sur ta semi-hollow pour tout faire sans effort, la Gretsch te ramènera toujours vers son identité americana.
Confort & Ergonomie : l’AS73 gagne au quotidien
L’AS73 est légèrement plus légère et le corps à 43 mm d’épaisseur est moins imposant. Pour des sessions longues en position assise — jazz à la maison, répétitions —, c’est appréciable. La Gretsch est plus volumineuse, le corps arched demande un petit temps d’adaptation si tu viens d’une solidbody.
Les deux ont un manche confortable. Celui de l’AS73 est un poil plus fin (profil Artcore classique), ce qui plaira aux joueurs venant d’une Strat ou d’une Ibanez solidbody. Le manche de la G2622 est plus riche en bois, légèrement plus plein — certains trouvent ça mieux en main pour le jeu en accords.
Polyvalence : avantage AS73, mais pas sans nuance
Si tu joues plusieurs styles et que tu veux une seule guitare pour tout faire, l’AS73 gagne. Elle est le couteau suisse de la semi-hollow à ce prix. La G2622, avec son coil-split, élargit sa palette — mais elle reste « Gretsch » dans l’âme. Difficile de lui faire sonner la fusion jazz-metal ou le prog prog sans que son identité ressorte.
Cela dit : si tu sais exactement ce que tu veux jouer et que ce style colle à l’americana/blues électrique/rock vintage, la Gretsch est plus efficace pour atteindre ce son précis sans passer des heures à tweaker l’ampli et les pédales.
Rapport qualité/prix : l’AS73 remporte ce round
À 350 €, l’AS73 offre une construction et une finition qui rivalise avec des guitares à 500 €. Les 150 € d’écart avec la G2622 ne correspondent pas à une différence de qualité objective — ils correspondent à une identité sonore et visuelle. Si cette identité te parle, la Gretsch vaut chaque euro. Sinon, tu paies pour un nom et un look que tu n’utiliseras pas.
Verdict final Ibanez AS73 vs Gretsch G2622 : qui choisit quoi
Tu débutes en jazz ou en blues et tu veux ta première semi-hollow → Ibanez AS73. Sans hésiter. La construction, la polyvalence et le prix sont imbattables à ce niveau.
Tu joues du blues électrique, du rockabilly, de l’indie ou du rock vintage → Gretsch G2622. Cette guitare a un son que tu ne recréeras pas facilement avec l’AS73, peu importe les pédales.
Tu as un budget serré → AS73 à 350 €. Les 150 € économisés financent un bon set de cordes et peut-être une pédale overdrive.
Tu veux une guitare de scène avec un look fort → Gretsch G2622. Sur scène, l’identité visuelle compte. Et les gens remarqueront la Gretsch.
Tu hésites encore : va essayer les deux en magasin. L’AS73 convainc à la première note propre et jazz. La G2622 convainc dès que tu joues un accord en twang et que tu souris malgré toi.
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